Stéphane Nègre, Intel : «Certains opérateurs de Cloud veulent un accès plus direct à nos technologies»

Tendances IT
Stéphane Negre Intel France

Interviewé par Reynald Fléchaux de Silicon.fr (vidéo en bonus), le Président d’Intel France aborde de nombreux sujets majeurs pour le leader mondial des semi-conducteurs, et notamment le Cloud.

Le président d’Intel France, Stéphane Nègre commente les récents résultats financiers du premier fabricant mondial de semi-conducteurs : stabilisation du PC, développement sur le marché des tablettes et des convertibles et relations directes avec certains grands opérateurs de Cloud, qui intègrent eux-mêmes la technologie du fondeur.

Retour à la croissance dans les pays matures, décollage du marché des tablettes, diversification de l’offre pour répondre à la demande du cloud et innovation en pointe permettent aujourd’hui à Intel de stabiliser ses résultats. Retour sur la situation du premier producteur de puces avec Pascal Nègre, président d’Intel France.

Stéphane Negre Intel France
Stéphane Nègre, Président d’Intel France

Tant le Gartner qu’IDC ont estimé que le marché du PC a décliné de 10 % en 2013. Comment ce phénomène impacte-t-il votre activité, qui reste très dépendante de ce marché ?

Stéphane Nègre – Nous ne sommes d’abord pas toujours d’accord avec ces cabinets sur le périmètre retenu pour leurs calculs. Mais, au-delà de ce point, nous observons une stabilisation du marché : les premiers trimestres de notre dernier exercice annuel s’affichaient en baisse, mais le dernier trimestre s’est traduit par une hausse tant par rapport au trimestre précédent que sur un an (lire Résultats : Intel est déjà dans la gestion de l’ère post-PC).
Dans le détail, la croissance vient plutôt du segment professionnel et des pays dits matures. Il est encore trop tôt pour dire s’il s’agit là d’un début d’effet Windows XP ou si c’est l’amélioration des perspectives économiques qui expliquent cette stabilisation. Dans les pays émergents, le ralentissement de la croissance, notamment en Chine, explique que la situation du marché du PC y est moins favorable qu’en début d’année 2013.

Et en France ?

Au cours du dernier trimestre de 2014, nous avons assisté à une stabilisation, voire à une légère croissance, tant sur le marché grand public qu’auprès des entreprises. Et cela vaut également pour le secteur public.

Comment vous développez-vous sur le créneau des tablettes, dont les ventes remplacent pour partie celles de PC ?

Nous étions peu présents sur ce créneau début 2013. Et nous terminons l’année en ayant équipé plus de 10 millions de tablettes et en prévoyant de quadrupler ce chiffre en 2014. En France, je note que la meilleure vente de la Fnac au quatrième trimestre est une tablette Galaxy Tab 3 10 pouces équipée de nos processeurs. Nous investissons également beaucoup sur le segment du 2 en 1, un format convertible qui permet d’offrir le meilleur des deux mondes. L’accueil des clients, tant grand public qu’en entreprises, sur ces nouveaux formats est très bon. Parmi les meilleures ventes de PC dans le monde et en France en fin d’année, figure l’Asus Transformer 100, un convertible.

La multiplication des formats ne signe-t-elle pas la fin de l’alliance Wintel qui a si longtemps dominé l’informatique personnelle ?

Il est clair que, sur le marché des tablettes, Android est aujourd’hui la plate-forme disposant des volumes de ventes les plus élevés. Notre volonté consiste à équiper les terminaux que nous animons de tous les OS que réclament les clients, voire de proposer du multi-OS. Cette offre multi-OS, combinant Windows et Android, va d’ailleurs se multiplier sur les convertibles.

Sur le segment des serveurs, vous bénéficiez de la montée en puissance du Cloud. Ce qui complexifie aussi votre marché puisque vos clients ne sont plus seulement les grands constructeurs mais aussi des fournisseurs de services Cloud…
D’abord cette activité serveurs s’affiche en croissance sur notre dernière année fiscale et sa profitabilité augmente. Notre offre en la matière continue à se diversifier. Les opérateurs de services, des acteurs dont le métier est centré sur l’exploitation de serveurs, attendent certes des plates-formes haut de gamme, mais aussi des offres de micro-serveurs. Regardez OVH en France, qui dispose d’une offre haut de gamme autour des Xeon mais qui a aussi été la première société dans le monde à adopter les Atom C 2000 (nom de code : Avoton, NDLR). Le marché français des prestataires de services est d’ailleurs très visible au sein du groupe. Récemment, nous annoncions un partenariat avec 16 opérateurs Cloud mondiaux, dont trois français (OVH, Cloudwatt et Online.net) et un autre appartenant à un groupe hexagonal (Canopy, filiale d’Atos, NDLR).
Concernant nos relations avec les constructeurs et acteurs du Cloud, nous remarquons effectivement une forme de diversification du marché, que nous servons à divers niveaux d’intégration. Nous avons des demandes d’opérateurs du Cloud  pour des sous-ensembles de technologies Intel qu’ils souhaitent intégrer eux-mêmes. Bref, des demandes d’un accès plus direct à nos technologies. C’est aussi le cas en France, sur des volumes limités. Ce n’est pas réellement une tendance nouvelle, mais elle était auparavant limitée à quelques grands intégrateurs asiatiques.

Pourquoi avez-vous décidé d’annuler l’ouverture de votre usine baptisée Fab42 ?

En réalité, cette usine existe déjà. L’annonce que vous évoquez concerne son équipement pour la production de semi-conducteurs gravés en 14 nm. Or, courant 2013, le groupe a annoncé que la transition de son outil industriel du 22 au 14 nm était plus rapide que prévu. Nous sommes donc déjà équipés ; d’ailleurs, les premiers produits en 14 nm sortiront en début d’année (les processeurs Broadwell, NDLR). La Fab42 sera probablement employée dans le cadre de futures technologies. Nous travaillons déjà à une finesse de gravure de 10 nm.

En vous développant dans les terminaux mobiles et dans l’Internet des objets – des marchés de volume -, ne risquez-vous pas de voir vos marges s’effriter ?

Le modèle d’Intel repose sur l’innovation, sur notre capacité à la renouveler et sur sa valorisation. Si on parvient à maintenir ce modèle, nos objectifs de marge seront demain identiques aux niveaux observés actuellement. Or, j’observe que, alors que nous avons connu une croissance importante dans les tablettes – marché considéré comme générant de faibles marges -, nos marges brutes sont en 2013 supérieures à celles observées un an plus tôt. Et le groupe prévoit, sur ce terrain, une stabilité en 2014.

En complément :

Stéphane Nègre : « La mobilité rapproche l’entreprise de ses clients » (interview vidéo de 5 min.)


Lire la biographie de l´auteur  Masquer la biographie de l´auteur