La Business Software Alliance fait campagne avec la FRP2i. Interview croisée de deux croisés de l’anti-piratage…

Tendances IT
La campagne choc du BSA

C’est au début de ce mois que la Business Software Alliance (BSA), organisation représentant les intérêts de l’industrie du logiciel et consacrée à la promotion de la légalité et de la sécurité de l’environnement numérique, est repartie au combat contre le piratage. Elle s’est appuyée sur la FRP2i (Fédération des Revendeurs et Prestataires Informatiques Indépendants) pour lancer du 30 avril au 15 mai 2012 une nouvelle campagne choc (que d’aucun considèrent comme un appel à la délation). Il était intéressant d’avoir le point de vue de Michael Weber, à la tête du BSA, et d’Emmanuel André représentant la FRP2i.

La campagne choc du BSA
La campagne choc du BSA

Campagne de premier et second tour…

Le BSA a repris son bâton de pèlerin et n’a pas l’intention de faire de fleurs aux pirates ! Du 30 avril au 15 mai dernier, elle a mis en place une nouvelle campagne d’information en France afin de combattre le piratage de logiciels.

Liée à une campagne de communication choc, qui assume pleinement sa philosophie basée sur la délation (on peut dénoncer son entreprise, ou son concurrent si on pense qu’il utilise ou fait appel à des logiciels piratés), la campagne fut aussi une campagne de proximité, sur le terrain, au plus près des entreprises. Ce, avec principalement le soutien de la Fédération des Revendeurs et Prestataires Informatiques Indépendants (FRP2i) qui a des raisons de penser que le piratage logiciel est un ennemi mortel pour son secteur.

Réédition d’une précédente campagne qui  s’était établie en 2011 à Marseille, l’édition 2012 s’est arrêtée à Bordeaux. Là, le dispositif de communication mis en place visait à développer un buzz maximal (en période d’élections présidentielles ce ne fut pas une sinécurer). Au-delà, le dit dispositif visait officiellement à atteindre plusieurs objectifs : accentuer la prise de conscience quant aux risques et peines encourus en cas d’utilisation de logiciels sans licence et inciter les individus à se référer à la BSA pour signaler tout abus ou simplement s’informer (l’aspect délation dont nous parlions plus haut)  avec numéro vert à la clé.

Michael Weber, BSA
Michael Weber, BSA

Le Président du comité France de la BSA, Michael Weber, a souligné les enjeux de cette campagne : « Selon la dernière étude sur le piratage de logiciels menée conjointement par la BSA et par IDC en 2010, 39% des logiciels installés en France sont d’origine illégale, c’est à dire piratés, et représentent une valeur commerciale de quelque 1,9 milliard d’Euros ! Et la France arrive non seulement en tête des 20 pays d’Europe de l’Ouest, mais aussi des 27 de l’Union Européenne! La campagne bordelaise de la BSA, après une première expérience menée à Marseille l’année dernière, a donc pour but d’accroître la sensibilisation d’un public professionnel à propos des risques encourus en cas d’utilisation de logiciels piratés ; il s’agit de lui faire prendre conscience du préjudice causé par le piratage car on s’aperçoit qu’un grand nombre d’entreprises françaises ne connaissent pas les règles des licences logicielles ou ne prennent pas les mesures adéquates au suivi de leur utilisation. »

(voir notre article à ce sujet)

 

Le soutien de la Fédération des Revendeurs et Prestataires Informatiques Indépendants

Emmanuel André, Président de la FRP2i, a rapidement soutenu la démarche du BSA et a pointé le problème de la concurrence déloyale :

« En proposant des logiciels piratés, certains confrères peu scrupuleux proposent des devis inférieurs aux nôtres. Les clients devraient pourtant se douter que des tarifs trop beaux pour être vrais cachent quelque chose… Cette concurrence déloyale entraine un manque à gagner réel et quantifiable pour l’ensemble des revendeurs. FRP2i, par l’intermédiaire de son réseau de revendeurs, a pour mission de sensibiliser les clients sur la législation et les risques encourus et oeuvre ainsi aux côtés de la BSA pour défendre l’économie liée aux métiers informatiques, qu’ils soient grands éditeurs ou petits revendeurs. »

Slogan de la campagne : « Logiciels piratés, nouveaux amis assurés ! ». Un ton prétendument décalé et volontairement anxiogène pour une campagne diffusée en presse écrite, via panneaux d’affichage dans les métros et abribus, et relayée par la distribution de flyers dans les rues de Bordeaux et de sa région.

 

 

 

 

 

INTERVIEW

Il nous a paru intéressant d’interroger à deux voix Michaël Weber, Président du BSA depuis novembre 2011 et le Président du FRP2i depuis 2009, Emmanuel André.

MW : Michael Weber (BSA) / EA : Emmanuel André (FRP2i) : « le vrai risque du BYOD, le Cloud pas une assurance tous risques…»

 

Emmanuel André, FRP2i
Emmanuel André, FRP2i

ChannelBiz France –   Vous venez d’organiser de concert, du 30 avril au 15 mai 2012, une nouvelle campagne d’information en France contre le piratage des logiciels. Quel sens faut-il donner à votre partenariat ?

MW : Sur un plan économique, Les revendeurs, au même titre que les éditeurs, sont touchés de plein fouet par le piratage et le manque à gagner qui en découle. Tout particulièrement, la concurrence déloyale qui découle de la revente de logiciels sans licence leur porte directement préjudice. En ce sens, ce sont des acteurs centraux de la sensibilisation concernant la distribution de logiciels authentiques sur le marché. Ils sont de plus des interlocuteurs privilégiés de nos clients. De ce fait, ils ont un rôle de conseil et d’aide aux utilisateurs.

EA : L’activité de distribution de matériel informatique est étroitement liée à celle de la distribution de logiciels. Aussi, pour les adhérents FRP2I, qui ont tous un engagement contractuel de respect des droits d’auteur, il est apparu comme une évidence de nouer des liens avec la BSA, avec qui nous partageons les mêmes intérêts.

Les revendeurs et les prestataires informatiques sont-ils les meilleurs relais d’une telle campagne, même si on peut concevoir qu’ils sont donc, avec les éditeurs, parmi les victimes directes du piratage et de la contrefaçon ?

MW : Tous les acteurs de la chaîne de valeur du logiciel sont concernés. Bien entendu, c’est le cas pour les revendeurs du fait de leur implantation dans le tissu économique local, leur proximité avec les utilisateurs. Ils sont effectivement en première ligne et subissent le piratage. Au-delà, il s’agit également de valoriser les métiers de l’informatique et du numérique dont la valeur ajoutée est déterminante pour le dynamisme des entreprises. Un système d’information bien géré, en termes de conformité licence mais aussi de sécurité informatique et de mise à jour par exemple, est un actif majeur pour la compétitivité de tout acteur économique. Il s’agit de gérer cet actif logiciel en tant que tel !

EA : Je pense qu’ils sont effectivement un des meilleurs relais, puisque ce sont eux qui sont en ligne directe avec les utilisateurs finaux, et peuvent donc jouer un rôle d’information sur le terrain.

Quel est le public cible visé par une telle campagne ? S’agit-il des patrons et décideurs en entreprises ou plutôt des salariés ?

MW : Cette campagne vise ainsi avant tout à sensibiliser un public professionnel, que celui-ci soit dirigeant, décideur ou salarié simple utilisateur, qui n’est pas toujours très au fait des risques liés au piratage. Elle témoigne de l’engagement pris auprès des professionnels du logiciel : celui de protéger les droits des éditeurs de logiciels et informer les entreprises sur les risques de pertes de données, de virus et de tout autre risqué lié à l‘utilisation de logiciels copiés ou dépourvus de licence. La campagne s’adresse donc à tout un chacun, dans le sens où tout le monde est concerné. Il est évident que les mentalités doivent changer vis-à-vis de cette pratique et nous nous devons d’être conscients des problèmes générés par le piratage ; nous sommes tous acteurs de ce changement. Et l’entreprise à l’égard du piratage, doit se montrer exemplaire.

Le phénomène du BYOD (Bring Your Own Device) a-t-il des répercussions quantifiables sur l’évolution du piratage des logiciels en entreprises ?

MW : Le BYOD soulève effectivement de nouveaux problèmes liés au suivi de l’utilisation des licences ainsi que sur les risques pour les entreprises. Ces dernières l’ignorent bien souvent mais elles peuvent être considérées comme responsables des logiciels installés sur les équipements personnels de leurs employés ; Elles doivent donc s’assurer de leur conformité pour autoriser une connexion au réseau de l’entreprise. Si un salarié utilise dans le cadre de son activité une copie non autorisée de logiciel, l’employeur est susceptible en cas d’audit logiciel d’être poursuivi pour infraction aux droits d’auteur. D’abord, il convient de définir une politique encadrant la pratique du BYOD en entreprise et la communiquer en interne. La mise en place en entreprise du Software Asset Management (SAM, pour une gestion proactive des actifs logiciels) est également préconisée. L’employé doit aussi être sensibilisé aux risques encourus par son employeur. Enfin, des audits réguliers sont recommandés pour s’assurer de la conformité aux règles relatives aux licences.

EA : Ce phénomène, pour l’instant tout juste naissant, nous apparait effectivement comme étant potentiellement un fort risque ! Au niveau des revendeurs, il est pour l’instant difficile de quantifier l’impact qu’à ce phénomène, mais il est permis de supposer qu’il n’est pas sans conséquences sur le piratage.

Avez-vous constaté des effets positifs de la loi Hadopi ? Etes-vous inquiets par l’éventuelle abrogation de cette loi par le nouveau Président de la République, ou par son allègement ?

MW : Tout dispositif ayant pour finalité de lutter contre la contrefaçon et garantissant l’équilibre avec les droits et garanties applicables est une pierre supplémentaire à l’édifice de la valorisation du numérique et de la propriété intellectuelle. Il s’agit d’encourager les initiatives en ce sens.

EA : Il est évident que nous constatons, au niveau du grand public, la disparition des programmes Peer to Peer qui étaient très fréquemment installés sur les machines, jusqu’à l’avènement de cette loi. S’agissant plus particulièrement du logiciel, Le nombre de licences non légales reste élevé sur les machines que nous croisons.

La fin des activités de Megaupload a-t-elle eu également un impact quantifiable au cours des dernières semaines ?

MW : Nous n’avons pas de chiffres concernant Megaupload.

EA : Nous n’avons pas remarqué de modifications mesurables des habitudes suite à la fermeture de ce site.

On va de plus en plus vers une distribution dématérialisée des logiciels et par leur développement dans le Cloud. Si cela représente pour certains revendeurs une menace en termes de concurrence directe, ne pensez-vous pas que c’est aussi un moyen efficace d’en finir avec une forme de piratage qui s’épanouissait dans un modèle « classique » de ventes en licences et boites ?

MW : Le Cloud peut répondre à certaines problématiques de piratage. Néanmoins, nous devons rester vigilants sur ce développement et éviter l’apparition de nouvelles formes de piratage avec par exemple les intrusions, accès non autorisés ou vols d’identité en vue d’une connexion au Cloud. Des acteurs mal intentionnés pourraient développer des « Cloud » visant à la mise à disposition de logiciels sans les autorisations nécessaires. Ces questions sont d’importance et il s’agit de les envisager dès aujourd’hui pour garantir un développement pérenne des nouveaux usages et services du « Cloud Computing ».

EA : A son niveau, la FRP2I  regroupe des petits et moyens revendeurs qui s’adressent à des particuliers, des TPE et des PME. Pour l’instant, ces structures n’ont pas encore – ou très peu – la culture du Cloud. Quoiqu’il en soit, si cette forme de distribution permet une légalisation des licences, nous sommes tous gagnants (certains éditeurs rémunèrent les revendeurs qui préconisent cette distribution virtuelle).


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