Open source : de la clandestinité à la gouvernance au sein du SI

Tendances IT
Patrick Bénichou, président d’Open Wide

La gouvernance de l’Open Source au sein du Système d’Information. Le terme, peut paraître surprenant ou un peu prétentieux en première approche. Mais recouvre-t-il réellement de nouveaux sujets de fonds, ou s’agit-il plus prosaïquement d’un nouvel habit du bien nommé schéma directeur ?

Par Patrick Benichou, Président d’Open Wide
De la clandestinité à l’adoption de fait

Le libre accès à des logiciels sans passer par la case achat, esquivant ainsi tout circuit de validation hiérarchique ou budgétaire, a dès l’apparition des logiciels libres, bousculé les habitudes des entreprises. Pour la première fois on pouvait tester en grandeur réelle des technologies, déployer des outils d’infrastructures ou même adopter de nouvelles solutions applicatives. Officiellement souvent pour les tester, la force du provisoire qui marche faisant le reste.

Au départ l’Open Source a surtout concerné les logiciels d’Infrastructure, Linux en tête, avec dans son giron une myriade de solutions logicielles dédiées au monde de l’internet, du serveur web et de la sécurité. Souvent adoptés de facto par des ingénieurs systèmes et réseaux, ou par des administrateurs conquis par un monde ouvert et communautaire les entreprises ont toléré, par pragmatisme,  cette arrivée clandestine avec en arrière pensée que l’usage de ces logiciels serait circonscrit au seul monde du web. Pas de quoi déstabiliser le schéma directeur ou remettre en cause la portée de ces applications stratégiques, telles que la gestion opérationnelle, commerciale ou financière de l’entreprise.

La place croissante d’Internet, les besoins de plus en plus cruciaux de sécurité et de disponibilité des serveurs ont néanmoins poussé les entreprises à normaliser l’adoption de Linux par le choix d’une distribution « référente », offrant un support et une maintenance professionnelle à la production. Lors de ce premier mouvement d’adoption massif d’un modèle open source pour les professionnels, Red Hat est sans conteste l’acteur qui a le mieux su tirer son épingle du jeu et ce dernier est à ce jour, et de loin, le tout premier acteur commercial de l’Open Source en matière de revenus ou de capitalisation. C’est sans doute grâce à ce premier succès que le modèle Open Source a pu conquérir sa crédibilité sur le marché.

Les logiciels libres ont ainsi fait preuve de leur fiabilité et de leur efficacité dans le monde Internet mais simultanément ils ont fait leur apparition de façon systémique dans tous les domaines. Que ce soit dans l’informatique industrielle, les logiciels embarqués, le monde de la gestion, des bases de données et plus récemment dans le monde de la mobilité avec Android et ses millions d’applications arrivées si vite sur nos Smartphones et nos tablettes. Paradoxalement le plus grand échec de l’Open Source semble être le poste de travail, pour lequel, malgré les progrès ergonomiques, son adoption reste finalement assez marginale en entreprise et dans le grand public.
A la recherche de nouveaux modèles économiques

Le foisonnement des logiciels libres, n’a pas manqué de déclencher une vague d’évolution des modèles économiques au sein des offreurs de produits mais aussi des offres de services.

Du côté des offres de services les toutes jeunes SSLL (Sociétés de Services en Logiciels Libres) ont innové sur des modèles de valeur ajoutée dans lesquels l’appartenance à l’écosystème Open Source devient clé, facteur de savoir et de maîtrise de la technologie. Ils ont ainsi été amenés à intégrer la veille technologique, l’innovation, l’architecture logicielle et la contribution communautaire comme des facteurs clé de différenciation au-delà des compétences techniques.

Du côté des éditeurs, les changements sont également profonds. Ces derniers ont du intégrer l’Open Source au cœur de leur stratégie produit, soit afin d’optimiser leurs efforts de R&D en se concentrant sur le cœur de leur valeur ajoutée, soit afin de doper leur visibilité via une stratégie de distribution plus ouverte et mondiale. Au plan commercial, le point le plus visible reste sans doute le glissement progressif des modèles basés sur la cession d’un droit d’usage à vers une offre de support et d’accompagnement annuelle.

En parallèle dans les entreprises, les motivations d’adoption des logiciels libres se sont rapidement transformées. Le fantasme du tout gratuit n’aura finalement pas fait long feu, et cela a paradoxalement donné plus de crédit au mouvement Open Source dont l’une des suspicions portait sur la viabilité d’un modèle tout gratuit.

Aujourd’hui les entreprises adoptent prioritairement les logiciels libres par souhait de standardisation et d’ouverture (seuls gages d’agilité et de pérennité des investissements), par souhait d’indépendance (ou de contrepoids à leurs grands fournisseurs), puis bien sûr par souhait de gagner du temps et de l’argent en adoptant des solutions éprouvées et largement partagées.

Cette adaptation des métiers et des modèles économiques, ainsi que l’évolution des mentalités à l’égard des logiciels libres,  aura pris environ 10 ans, ce qui est somme toute rapide. Toutefois le taux de pénétration de l’Open Source reste faible en valeur absolue (moins de 10 %). La phase de déploiement ne fait donc que commencer et le potentiel est énorme.


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