HP: grandeurs et décadences… Suite (et pas fin)

Stratégies Channel
Léo Apotheker remercié par HP ?

Un dossier constitué à partir d’articles du groupe Netmedia Europe.
Voir aussi la tribune de Jack Mandard, de Compubase dans ces colonnes…

1) 400 millions de dollars perdus lors de la grande braderie d’HP (et plus à venir)

2) Réorganisation HP: Léo Apotheker précise sa pensée

3) Premières réactions des analystes

4) HP lance un PC Elite 8200, malgré les hypothèses pesant sur cette activité

 

400 millions de dollars perdus lors de la grande braderie d’HP (et plus à venir)

La liquidation des terminaux mobiles webOS coûte très cher à HP. Elle est évaluée à 400 millions de dollars. Et pendant ce temps, l’action de la firme continue à plonger.

Suite à l’abandon du marché des terminaux mobiles par HP, la firme a décidé de brader sa tablette TouchPad dans différents pays, dont la France. Nos confrères de The Inquirer ont tenté d’évaluer la perte que ce rabais va provoquer pour la firme.

Ils s’appuient sur le coût de fabrication calculé par IHS iSuppli, évalué à 306 dollars pour le modèle 16 Go et 318 dollars pour la version 32 Go du TouchPad. En se basant sur un stock (raisonnable) de deux millions de machines, HP pourrait perdre 400 millions de dollars dans cette opération. Une somme à ajouter aux 1,2 milliard de dollars liés à l’achat de Palm par la firme.

Pour le reste, si le coût de fabrication d’IHS iSuppli est confirmé, il sera difficile pour HP d’expliquer à l’État français pourquoi ce produit a été vendu à perte (ce qui pourrait lui valoir une pénalité financière complémentaire).

Selon nos confrères de Gizmodo.fr, la liquidation pourrait avoir des suites… dans le secteur des smartphones webOS. HP aurait en effet décidé d’abaisser le prix du Pre3 à 75 euros TTC (en version débloquée). Une promotion d’ores et déjà effective en Allemagne et qui pourrait s’appliquer prochainement en France. Le Veer devrait connaitre la même destinée. De quoi alourdir encore un peu plus la facture pour HP.

Réorganisation HP: Léo Apotheker précise sa pensée

Dans un entretien ce 21 août, le CEO de Hewlett Packard apporte quelques précisions suite à l’annonce d’une possible séparation de l’activité PC

En attendant de rencontrer les actionnaires à New York, Boston et Londres, Léo Apotheker, dg de HP, est revenu sur les déclarations faites la semaine dernière. Dans un entretien ce dimanche 21 août, rapporté par le Financial Times, le patron de HP confirme « Nous sommes à un moment pivot de notre histoire » .

Il confirme qu’une séparation de l’activité PC (Personal Computer) est envisagée. Et il prédit que HP pourra regagner les quelque 40 milliards de dollars qui  vont sortir du portefeuille du géant mondial.  « Mon hypothèse est que, à long terme, nous disposerons d’un meilleur profil de rentabilité et d’un meilleur profil de croissance ».

Confirmation est également donnée que HP prévoit d’arrêter la production de ses ‘tablettes’ et ‘smartphones’. En revanche, le sort  du système d’exploitation WebOS, issu du rachat de Palm OS, ne serait pas encore totalement scellé (lire nos informations).

Par ailleurs, Ray Lane, président du conseil d’administration de HP a déclaré, anticipant sur des entretiens avec des investisseurs prévus cette semaine : « Ce que je dirai aux investisseurs c’est que je considère tout à fait que ces changements de cette magnitude sont difficiles à appréhender et comprendre, et donc desservent le prix actuel de l’action. »

Même certains investisseurs pourtant attirés par le prix à la baisse de l’action HP ont été « alarmés » par ces changements », a-t-il reconnu.  Et il a ajouté : « Une seule compagnie a réussi à intégrer hardware et software, et c’est un cas très spécial à cause d’une seul homme » -faisant allusion à Steve Jobs, patron, co-fondateur d’Apple.

Plutôt que de conduire HP comme un conglomérat avec des produits et des services managés indépendamment, Léo Apotheker déclare: « Nous devons démarrer [cette nouvelle ère] en tant que compagnie intégrée« . Et cette démarche vers une offre intégrée conduit à ce que le patron exécutif de HP a appelé une « transformation stratégique » vers le logiciel – un secteur où, a-t-il-dit, HP pourrait apporter de la « rupture » [disrupt].

Premières réactions des analystes

48 heures après la publication des résultats trimestriels de HP et l’annonce d’un possible abandon de l’activité PC, les réactions fusent, en parallèle d’un dévissage de l’action en bourse…

« Léo Apotheker reconnaît des problèmes (« sag ja zu Problem », comme dit le proverbe allemand), mais il n’apporte encore que peu de solutions : les marchés, les investisseurs ont peur », constate Emmanuel Besluau du cabinet Duquesne Group.

 

Que dire de l’abandon, clairement évoqué, des activités PC : « Apotheker a beau prendre des précautions pour rassurer les clients actuels et futurs, son annonce ou évocation (car rien ne semble totalement arrêté encore, ce qui, en soi, pose question)  peut faire des dégâts. »
Avec ou sans WebOS?

Quel avenir pour le système d’exploitation Web OS? « Ce possible arrêt de Web OS (malgré les ventes en version ‘embedded’…) et le constat d’échec sur les tablettes et autre PRE : c’est du réalisme. Malheureusement, il y a quelques mois,  la direction de HP en faisait un axe de sa vision. Donc, faut-il voir là un réalisme tardif ? »

WebOS pourrait faire l’objet de licences, cette hypothèse circule.  « Maintenir Web OS éventuellement via des licences? -le contraire de la décision de Google. Personnellement je suis un peu sceptique« , estime Donald Callahan, senior analyste, du même cabinet d’études.

Alors que relancer? Que faire? « HP va devoir en particulier muscler l’activité serveur. Et là encore le problème de l’arrêt du support du processeur Itanium par Oracle a fait mal. Les serveurs x-86 ? oui ; Le stockage (3PAR) ? certainement » , observe Emmanuel Besluau.

 

Quid du rachat d’Autonomy et de son prix?

Que dire du rachat de l’éditeur britannique Autonomy – au prix peu modique de 11 milliards? « Même cher, c’est probablement une bonne idée, estime Donald Callahan. Cela reste sur un marché de niche, en croissance et doté de fortes marges. Ce n’est pas assez, mais attendons pour voir. L’aspect intéressant, c’est l’orientation ‘cloud’ prise par Autonomy – ce qui peut donner du grain à moudre à la partie héritée d’EDS chez HP ».

« Avec ce rachat d’Autonomy, on constate aussi qu’il est difficile pour HP d’acheter un éditeur de logiciel en essayant d’éviter la zone d’influence d’Oracle« , ajoute le consultant. « HP n’a pas d’offre middleware qui pourrait servir de base technologique d’accueil de progiciels applicatifs : il en souffre actuellement car « middleware is king » (cf. IBM et Oracle) »

« Le point intéressant concernant Autonomy, c’est qu’il s’agit de ‘software » d’infrastructure, transversal à tous les secteurs », ajoute Donald Callahan. « C’est un bon point pour HP. A mon sens,  HP devrait éviter d’aller trop dans le sectoriel ; en tous cas, c’est une question de savoir-faire [cf. IBM GTS]

« Et même si ce rachat est un peu cher payé, ce n’est pas totalement choquant: on est à 24 fois l’EBITDA (« trailing earnings »), contre 17 fois l’EBITDA dans dix acquisitions récentes et comparables, constate Bloomberg » .

 

Et l’activité imprimantes? Et celle des PC d’entreprise?

Que dit HP de l’activité « Printing & Imaging »? « Les imprimantes ? Sont-elles aussi dans la corbeille à céder ? – pas de certitudes. A priori, non. » (…) Cette activité ‘printing’ s’avère être un vrai « cash cow ».  Mais, donc, il est aussi vrai que c’est un business totalement à part qui pourrait gagner à être indépendant » , constate Emmanuel Besluau.

« Le fait est que HP déclare ne pas avoir arrêté toutes les décisions. On pourrait imaginer que l’activité des PC professionnels (à +9%, semble-t-il) soit conservée côté entreprise et abandonnée côté consommateur (ventes en retrait de -17%).  Que HP d’une manière générale suive l’exemple d’IBM pour se focaliser sur l’entreprise aurait un vrai sens. Il n’y a pas beaucoup d’exemples de fournisseurs qui soient vraiment bons dans les deux marchés – et consommateur et entreprise« .

Conclusion (provisoire): « Pour l’heure, avec ces abandons de certaines activités et choix à revoir, on constate que HP se déconstruit sans indiquer la voie de sa reconstruction : tout est là pour inquiéter l’actionnaire.  HP doit se reconstruire. » Pour mieux rebondir!

 

HP lance un PC Elite 8200, malgré les hypothèses pesant sur cette activité

Surprise ce 22 août: un communiqué de HP annonce un PC desktop, HP Compaq 8200 Elite

Le magasin reste ouvert pendant les travaux… Quatre jours après avoir officiellement déclaré à toute la planète que la compagnie envisage de se séparer de l’activité PSG (personal computers, smartphones, tablettes, entre autres), Hewlett Packard (HP) a publié un communiqué annonçant un nouveau modèle dit « all in one » sous la référence HP Compaq 8200 Elite.

Il est positionné « business », donc pour usage professionnel, et ce serait le premier, dans cette catégorie, à être doté de la puce vPro d’Intel permettant la maintenance à distance – et à un prix loin d’être bradé: 999 dollars – alors que la tablette ‘TouchPad’, bradée à 99 dollars, s’arrache dans les boutiques…

Hasard du calendrier ? Ou faut-il y voir là un message signifiant que HP pourrait conserver une ligne de PC professionnels?

Conçu autour du processeur Sandy Bridge d’Intel, ce modèle de PC de bureau (‘desktop’) dispose d’une capacité mémoire allant jusqu’à 8 Mo, d’une capacité disque de 80 à 110 Gigas en ‘solid state’ (mémoire ‘flash’), et d’une unité disque dur de 250 ou 320 Go, pouvant évoluer à 1 To (SATA). Il est proposé avec un écran LCD de 23 pouces (résolution ‘full HD’ de 1920 par 1080 pixels).

Cette introduction sans commentaire particulier n’a pas manqué de surprendre la presse américaine, qui constate aussi que l’action a timidement regagné 2% à 24 dollars après un décrochage historique de -20% de vendredi 19 août après l’annonce officielle d’une possible séparation de l’activité ‘personal computers‘ (PC, division PSG), considérée comme insuffisamment rentable.