Si la réussite des entreprises est un voyage d’exploration vers de nouveaux territoires inconnus, pourquoi l’Europe est-elle si lente à embarquer ?

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Les résultats d’une étude récente, menée pour le compte de Cable&Wireless Worldwide auprès de 300 multinationales, démontre que les deux tiers des entreprises américaines ou européennes interrogées souhaitent investir dans les régions émergentes, qui semblent mieux se remettre de la crise. Paradoxalement la moitié d’entre elles sont inquiètes quant au potentiel manque d’infrastructure de ces régions.

Par Nick Lambert, Directeur général Cable&Wireless Worldwide

Historiquement, les Européens ont su mettre à profit leurs explorations et leurs découvertes. Mais ce cliché a vécu si l’on en croit les résultats de l’étude, notamment dans le monde des affaires. Les conclusions de rapports d’économistes, d’analystes et de spécialistes indiquent que même si les économies émergentes se portent actuellement mieux que les marchés développés et sont mieux équipées pour sortir le monde de la récession, elles restent largement négligées par les entreprises européennes alors même qu’elle cherchent à s’étendre et à augmenter leurs profits.

Même si les pays émergents ne sont pas sortis totalement indemnes du climat économique mondial de ces dernières années, l’absence de dette, caractérisant souvent le monde occidental, indique qu’ils n’ont pas été frappés aussi durement par la vague des subprimes. Il semblerait même que cela leur permettra de se rétablir plus rapidement. Cette hypothèse provient de l’indice HSBC des marchés émergents qui a conclu que les secteurs de la production et des services se sont redressés plus rapidement et mieux que les économies développées depuis la crise financière de l’année dernière.

Conclusion qui en découle presque directement : l’investissement dans ces régions augmente et des pays comme la Chine et l’Inde investissent des sommes colossales dans les infrastructures alors que les marchés plus développés rechignent à remplacer leurs équipements.

Les tendances à long terme en matière de développement économique, social et culturel sont depuis longtemps dictées par l’introduction de nouveaux « leviers ». On peut se rappeler que lors de la révolution industrielle, ces leviers tels que la vapeur, le pétrole, le véhicule à moteur et le plastique ont induit de longues périodes d’innovation et de croissance. Leurs homologues du 21ème siècle proviennent tous des technologies de l’information et de la communication, notamment des télécommunications, de l’informatique et de la communication audiovisuelle. Une infrastructure solide de connectivité est cruciale pour ces trois secteurs et même essentielle au développement des marchés émergents.

Nous avons déjà vu comment l’augmentation de la connectivité a contribué à la croissance et au développement économique de quatre des marchés émergents les plus développés : le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine. Encouragées par ce succès, les multinationales se tournent davantage et en toute confiance vers les marchés émergents comme point de lancement de nouvelles innovations. En outre, l’absence d’infrastructure existante sur les marchés émergents permet l’adoption d’économies de réseau numériques bien plus rapidement que sur des marchés établis.

Comme l’étude de Cable&Wireless Worldwide l’a démontré, la majorité (68%) des multinationales basées en Amérique du Nord ou en Europe considèrent de plus en plus les marchés émergents comme des gisements d’affaires en perspective. Alors pourquoi semblent-elles hésiter à lancer des investissements massifs et à s’étendre dans ces régions ?

Ironiquement, malgré les infrastructures déjà présentes, les entreprises hésitent à s’engager sur les marchés émergents en raison d’idées souvent obsolètes. Prenons par exemple le cas de l’Afrique. Dans le cadre de l’étude, plus de 300 multinationales ont été interrogées cette année. 81 % d’entre elles ont exprimé une intention de s’installer en Afrique du Sud et 61 % en Afrique subsaharienne d’ici mi-2011. Toutefois, la moitié d’entre elles étaient inquiètes par le potentiel manque d’infrastructure dans cette région.

De nombreuses sociétés comme Cable&Wireless Worldwide investissent, et ce, depuis longtemps dans la mise en place de réseaux télécoms haut débit et à haute capacité dans ces régions. Aujourd’hui, l’infrastructure de ces marchés est bien plus avancée que ne le pensent ces sociétés !

L’exemple le plus frappant est celui du continent africain. Cable&Wireless Worldwide y a par exemple  déployé ses premiers câblage en 1890 et d’autres ont suivi les années suivantes. Cet investissement continue encore aujourd’hui et, d’ici deux ans, cinq nouveaux réseaux de câblage sous-marin connecteront le continent au reste du monde, dont le West Africa Cable System (WACS) récemment annoncé.

Ce projet relira via un réseau optique haut débit plus de 13 pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique du Nord à l’Europe. Il offrira une solution indépendante et ultramoderne dont la capacité de bande passante sera 120 fois supérieure d’ici fin 2011 en Afrique subsaharienne.

Le secteur des télécoms s’est rapidement imposé comme vecteur de croissance du continent, et  pourtant, les sociétés européennes font encore preuve de réticences – contrairement à leurs homologues asiatiques. En effet, alors qu’on pourrait s’attendre à ce que les sociétés américaines et européennes – de part leur historique avec ces régions notamment – soient les premières à investir, la majorité des investissements en Afrique proviennent directement d’Asie. Une observation confirmée par l’étude qui a démontré qu’environ 60% des sociétés d’Asie Pacifique interrogées étaient mieux informées sur les marchés tels que le Moyen Orient ou l’Afrique et davantage enclines à s’implanter dans ces régions que l’Amérique du Nord ou l’Europe. Près de 70% des personnes interrogées en Asie Pacifique ont mentionné qu’elles envisageaient de réaliser des opérations dans les États du Golfe et en Afrique du Sud au cours des 18 prochains mois et environ 60% des sociétés ont également affirmé qu’elles envisageaient d’installer dans la même période des bureaux en Afrique du Nord et subsaharienne.

De nombreuses sociétés asiatiques, notamment chinoises, contribuent au développement des infrastructures en Afrique dans le secteur de l’énergie, du transport, des télécoms, etc. et investissent dans l’électronique et l’assemblage automobile. Le développement de ces secteurs est nécessaire pour répondre à la demande croissante de la classe moyenne. L’Afrique jouit également d’une force de travail dont le potentiel est élevé, comme par exemple au Ghana, où la population est instruite et parle couramment l’anglais. Voici de quoi méditer alors que tous les indicateurs signalent que le monde occidental semble définitivement laisser derrière lui son statut de leader en termes d’investissements mondiaux au profit des puissances – aujourd’hui, c’est officiel, émergées.