Symantec nous met en garde contre les « facticiels »

Stratégies Channel

Et un nouveau rapport Symantec, un… Mais celui-ci porte sur un phénomène en pleine expansion et qui ne lasse pas d’inquiéter les DSI et les responsables de la sécurité : l’émergence d’anti-virus factices qui recèlent en vrai un système de distribution et de communication très organisé et … très juteux !

Pour Symantec, il est l’heure de sonner le tocsin ou de faire retentir le tambour afin de prévenir la population qu’une nouvelle génération de cybercriminels, qui sont ce que les poux sont aux cheveux de nos enfants, a vu le jour et ont développé sur le Net des dispositifs de distribution et de communication pointus, performants et offrant des rémunérations généreuses. Bernés par un faux sentiment de sécurité, les internautes s’exposent du coup à des risques plus importants encore que s’ils n’avaient pas adopté d’antivirus…

Le rapport signé Symantec et portant sur les anti-virus factices, ou « facticiels », réalisé sur une période d’un an, à partir des données collectées mondialement par les 240.000 capteurs de Symantec (de juin 2008 à juin 2009) est alarmant.

Ces anti-virus factices, ou facticiels, sont des programmes qui ont l’apparence d’une solution de sécurité informatique réelle, mais qui n’offre peu voire aucune protection à son utilisateur et peut même, dans certains cas, installer des codes malveillants ou réduire l’ensemble de la sécurité de l’ordinateur. Attention, ici Symantec n’assimile pas forcément gratuité et facticiel, sauf à considérer par exemple que la nouvelle solution de sécurité gratuite de Microsoft en soit un.

L’étude se penche plutôt sur les ressorts utilisés par les cybercriminels en termes de communication, de distribution, de rémunération et bien sûr d’ingénierie sociale afin d’inciter les internautes, béotiens ou pas, à acquérir leurs solutions de sécurité factice. Et Symantec d’affirmer que, pour attirer de nouvelles victimes, les dits cybercriminels développent des publicités sur Internet ou des sites Web qui génère une certaine anxiété chez l’internaute. Avec des messages tels que « si ce message apparait, votre ordinateur court un risque ou est infecté », ils encouragent l’internaute à scanner son ordinateur ou à acheter le logiciel en question afin d’éliminer toute menace. Ainsi, 93% des installations des 50 faux antivirus les plus répandus ont été effectuées de façon volontaire par les internautes.

Sont-ils nombreux ? En juin 2009, Symantec déclare en avoir détecté plus de 250 !

Et l’éditeur d’évoquer la notion de coût initial et de coûts cachés. Le coût initial pour les internautes qui téléchargent ces facticiels varie de 30$ à 100$, explique Symantec. Néanmoins, les coûts liés à l’exploitation de leurs données par les cybercriminels sont nettement plus élevés : les informations collectées telles que les numéros de carte bancaire peuvent être l’objet d’une utilisation frauduleuse, ou bien être revendues sur le marché noir. De plus, certains facticiels installent des codes malveillants qui placent l’utilisateur face à un risque encore plus élevé devant de nouvelles menaces. Certains anti-virus factices demandent par exemple à l’utilisateur de réduire ou de supprimer les paramètres de sécurité de son ordinateur lorsqu’il s’enregistre, voire même l’empêchent d’accéder à des sites légitimes sur la sécurité informatique après leur installation. Par conséquent, l’installation de ces programmes peut abaisser le niveau de sécurité de l’ordinateur alors qu’ils prétendent faire précisément l’inverse.

Des publicités mensongères aux messages anxiogènes pour déclencher l’achat d’ un anti-virus factice 
Les cybercriminels utilisent différentes méthodes pour inciter les internautes à acheter un anti-virus factice ; la plupart d’entre elles repose sur la génération immédiate d’une crainte d’être exposé à un risque, ainsi que sur d’autres mécanismes d’ingénierie sociale.

Les annonces proposant ce type de programmes se trouvent sur des sites crédibles et légaux comme des blogs, des forums, des réseaux sociaux ou des sites pour adultes. Alors que les sites Internet n’ont aucun rapport avec ces activités frauduleuses, leur réputation et leur image peuvent se trouver compromises par la présence d’annonces pour des logiciels de sécurité factices. Les faux antivirus peuvent également apparaitre en tête des résultats des outils de recherche si les cybercriminels ont travaillé sur leur référencement.

Pour augmenter leur chance de « succès », les créateurs de facticiels conçoivent leurs programmes pour que ceux-ci apparaissent comme le plus crédible possible. Ils prennent en effet l’aspect graphique des vrais logiciels de sécurité conçus par les éditeurs du marché, ou bien porte des noms trompeurs comme SpywareGuard 2008, AntiVirus 2008 ou encore Nortel 2009. Ils sont par ailleurs distribués sur des sites qui jouissent d’une bonne réputation et permettent à l’utilisateur un téléchargement facile. Certains vont même jusqu’à utiliser des moyens de paiement usuels sur Internet et à envoyer à leurs victimes un reçu par email, avec numéro de série et service client. 

Un réseau de distribution très organisé autour … du profit

Les cybercriminels tirent profit d’un business model particulièrement bien organisé en réseau et avec, comme logique, la rémunération à la performance. Selon le rapport de Symantec, les 10 premiers affiliés pour le site distributeur de faux antivirus ont déclaré gagner 23.000 $ par semaine pendant les 12 mois de l’enquête, soit près de trois fois le salaire de Barack Obama1[1].

Ces pratiques de distribution sont similaires à celles des programmes d’affiliation des e-commerçants les plus fréquentés. Ces programmes récompensent les affiliés ou les membres pour chaque visiteur qu’ils dirigent vers leur site de e-commerce. A travers ce modèle, les affiliés des escrocs concepteurs de facticiels gagnent entre 0.01$ et 0.55$ pour chaque installation réussie. Ce sont les Etats-Unis, puis le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie qui rémunèrent le mieux ces affiliés. Certains sites offrent également à leurs affiliés des incentives sous la forme de primes pour un certain nombre d’installations, ainsi que des points VIP et des prix comme du matériel électronique et des voitures de luxe.
 

« Les résultats de notre rapport sur les facticiels montrent que les cybercriminels sont très bien organisés et particulièrement décidés à duper les internautes », explique Stephen Trilling, Senior Vice President du Symantec Security Technology Response. « Pour éviter qu’ils ne soient des victimes de ces escrocs, Symantec conseille vivement aux internautes d’utiliser les dernières solutions de protection et de s’équiper auprès de distributeurs Internet reconnus et légaux ».

« Les créateurs de facticiels peuvent duper des milliers d’internautes en investissant un minimum d’argent et de temps, et réaliser ainsi des profits considérables », commente David Wall, Professeur à la Criminal Justice et Information Society de l’Université de Leeds en Angleterre. « Ce type d’arnaque est efficace car les utilisateurs pensent qu’ils courent un risque informatique immédiat que seul le programme qui leur est présenté à l’écran peut résoudre. Au final, c’est une escroquerie. Je recommanderais aux internautes d’être prudents sur Internet et de ne télécharger que depuis une site digne de confiance ».

Informations complémentaires
–    Les 5 premières fausses applications de sécurité sont les suivantes : SpywareGuard 2008, AntiVirus 2008, AntiVirus 2009, SpywareSecure et XP AntiViru
s
–    Parmi les sites de distribution observés par Symantec, les affiliés sont payés 0.55$ pour chaque installation de faux antivirus aux Etats-Unis, 0.52$ au Royaume-Uni et au Canada, et 0.50$ en Australie. Les rémunérations chutent ensuite à 0.16$ en France, Espagne, Irlande et Italie. Cette rémunération varie selon la probabilité des utilisateurs d’un pays à télécharger et payer pour un faux antivirus.
–    93% des faux antivirus font l’objet d’un site Internet dédié et 52% sont promus par de la publicité online
–    Sur les 50 faux antivirus les plus répandus observés par Symantec, 61% ciblaient l’Amérique du Nord, 31% la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique), 6% l’Asie-Pacifique et 2% l’Amérique latine et du Sud. Le pourcentage plus élevé en Amérique du Nord et dans la zone EMEA reflète le niveau d’activités malveillantes dans ces zones géographiques et peut s’expliquer par les rémunérations plus attractives des affiliés dans ces régions.


Lire la biographie de l´auteur  Masquer la biographie de l´auteur