Microsoft brevète la facturation à l’usage des logiciels

Stratégies Channel

L’avenir est-il au SaaS ? Sans doute … Si l’on en croit Microsoft et son interprétation “personnelle” de ce modèle économique. L’éditeur vient de déposer – le jour de Noël – un brevet portant sur la facturation à l’usage des logiciels et ressources d’un ordinateur… Le channel sera-t-il d’accord ?

Comment générer de la valeur dans un monde du logiciel envahi par le libre ou le gratuit (ce qui n’est pas la même chose, on ne le dira jamais assez) ? Chez Microsoft, dans les immenses bureaux de Redmond, on se creuse la tête depuis bien longtemps pour trouver une réponse à cette question fondamentale. Tant et si bien que les ingénieurs et les « marketeurs » ont conçu de concert un nouveau concept, surfant la vague du SaaS. A la clé : un concept, déposé par onze inventeurs, pour le compte de Microsoft, auprès du Patent & Trademark Office (l’équivalent US de notre INPI) le jour de Noël et baptisé « Metered Pay-As-You-Go Computing Experience » ou « MPASYGCE », diminutif qui a peu de chances de rentrer dans le langage commun. En revanche, l’expérience qu’il résume pourrait avoir un bel avenir devant elle.

De quoi s’agit-il ?

L’idée est dans l’air du temps : permettre aux utilisateurs de disposer d’un ordinateur de base, et donc bon marché, en ne payant l’utilisation du dit ordinateur qu’à hauteur de la consommation réelle constatée. Le brevet déposé décrit en conséquence un modèle de paiement à l’usage des logiciels et ressources installés sur l’ordinateur. En résumé, un catalogue de logiciels et de capacités disponibles sur l’ordinateur se voit proposé à l’utilisateur. Chacun de ces éléments optionnels hérite d’un tarif et l’utilisateur n’est facturé que dans la limite de son usage des logiciels et ressources au cours d’une période donnée. 

Microsoft a imaginé l’installation possible d’une sorte de mouchard (ou, plus politiquement correct, module de sécurité) qui serait apte à brider ou débrider certains composants, et à autoriser ou non l’usage des logiciels au gré des besoins. Le module de sécurité serait couplé à un système de facturation ou d’abonnement qui pourrait aussi bloquer le PC en cas de non paiement… Le brevet imagine également un système de packs susceptibles d’être proposés dans ce contexte d’informatique à la demande. Des idées ? Le pack “bureautique” reviendrait à 1 dollar par heure, le pack “navigation” coûterait 0,80 dollar de l’heure et le pack “jeux” serait facturé 1,25 dollar de l’heure.

Tentant sur le papier, et après … ?

L’éditeur de Redmond compte-t-il passer du stade du concept à sa concrétisation technique et commerciale ? En tous cas, il est conscient que l’accumulation sur plusieurs années de petites factures pourrait renchérir significativement le coût de possession d’un ordinateur par rapport à celui d’un PC classique, dont toutes les fonctionnalités sont utilisables immédiatement et à priori de façon illimitée. En revanche, on invoque chez Microsoft une durée de vie prolongée du matériel grâce à une sollicitation ciblée de ses ressources…

Grief immédiatement adressé à ce système par quelques analystes, et notamment des partisans du logiciel libre : Microsoft serait en mesure, avec un tel système reposant sur un mouchard, de connaître à la seconde près et poste par poste, les usages des clients et leurs logiciels préférés. Autre grief, moins mis en avant mais qui concerne les acteurs de la distribution : quel rôle pourrait alors jouer le channel dans un tel écosystème « privatif » ? Où se situerait l’intervention possible des revendeurs et d’où pourrait provenir une quelconque valeur ajoutée ?  Du reste, dans son argumentaire, Microsoft passe totalement sous silence le rôle du canal de distribution, évoquant le fait que « constructeurs et éditeurs pourraient constater une augmentation globale de leurs revenus lorsque leurs produits seront commercialisés sur la base d’un abonnement ou d’une facturation à l’usage ».

Un brevet pas si simple à transformer dans la vie réelle sans se mettre à dos tout le channel et une partie des utilisateurs, gênés par une atteinte possible aux libertés individuelles les plus essentielles.


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